Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières — MACF, ou CBAM dans sa désignation anglaise — est passé en phase définitive le 1er janvier 2026. La période transitoire, qui n’imposait qu’une déclaration trimestrielle des émissions, est close.
Pour une entreprise marocaine qui exporte vers l’Union européenne, le changement n’est pas de nature déclarative. Il est financier, et il porte sur des marchandises déjà expédiées.
Ce que couvre le mécanisme
Six familles de produits sont concernées : le fer et l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’hydrogène et l’électricité. Le critère n’est pas le secteur d’activité déclaré de l’entreprise mais la nomenclature douanière du produit exporté. Une entreprise dont le métier principal se situe ailleurs peut être concernée par une seule ligne de son catalogue.
C’est le point que nous voyons le plus souvent manqué : l’exposition se lit dans les positions tarifaires, pas dans l’objet social.
Ce qui pèse sur l’exportateur marocain
Formellement, l’obligation repose sur l’importateur européen, qui doit être enregistré comme déclarant MACF autorisé et qui achètera les certificats correspondants. Mais l’importateur ne peut déclarer que ce que son fournisseur lui transmet.
En pratique, la charge se déplace donc vers l’exportateur, sous trois formes :
- La mesure des émissions incorporées, par produit et par site de production, selon une méthodologie que l’importateur devra pouvoir justifier.
- La transmission de ces données dans un format exploitable, à chaque expédition.
- Le renchérissement de la marchandise : les certificats acquittés en 2027 au titre des importations de 2026 ont un coût, et ce coût se négocie dans le prix.
Un fournisseur incapable de documenter ses émissions n’est pas sanctionné par l’administration européenne. Il est écarté par son client.
L’exposition marocaine, en proportion
Il faut garder la mesure. Les produits couverts représentent environ 3,7 % des exportations marocaines vers l’Union européenne, concentrés d’abord sur les engrais, ensuite et plus marginalement sur le ciment. Le Maroc ne figure pas parmi les pays les plus exposés.
Cette proportion faible ne dit rien de l’exposition d’une entreprise particulière. Une part de 3,7 % à l’échelle nationale peut représenter la totalité du chiffre d’affaires export d’un industriel donné.
Ce qu’il y a à faire
La première étape n’est pas un projet, c’est une vérification : les positions tarifaires exportées vers l’Union européenne tombent-elles dans le périmètre ? La réponse se lit dans les déclarations en douane des douze derniers mois.
Si elle est négative, le sujet est clos jusqu’à la prochaine extension du périmètre. Si elle est positive, le travail commence par la mesure des émissions incorporées, qui suppose de remonter jusqu’aux consommations d’énergie et aux intrants par ligne de production.
Nous conduisons cette vérification, puis la mesure lorsqu’elle est nécessaire.